mardi 25 août 2015

VISITE DE L'EXPOSITION "LE MAROC MÉDIEVAL: UN EMPIRE DE L'AFRIQUE A L'ESPAGNE"


 
Cette visite a été organisée le 26 juillet 2015  par Monsieur Ali Hafili, astronome à l'Observatoire du Centre culturel AGM de Marrakech. Après discussions du programme avec de nombreux échanges de mails, nous avons convenu que je rejoindrai le groupe au nouveau musée de Rabat, pour la visite de l'Exposition "Le Maroc médiéval: Un empire de l'Afrique à l'Espagne".  Le groupe de Marrakech est arrivé à Rabat à 11h30. Ont rejoint ce groupe, deux personnes de Rabat, quatre de Casablanca et une personne de Kénitra.
Le musée Mohammed VI, inauguré le 8 octobre 2014 par SM le Roi, est dédié essentiellement à l’art  moderne et contemporain, qui occupe le premier étage, pour le moment. Depuis 2012 au moins, il était prévu que l’Exposition « Le Maroc médiéval », après avoir séjourné  au musée du Louvre à Paris, viendrait au Maroc, pour  lancer et faire connaître les activités de ce musée auprès du public marocain et du monde des arts.
Le Maroc médiéval

La visite de l’exposition itinérante « Le Maroc médiéval » (4 mars-1 septembre 2015) a été organisée   pour profiter d’une occasion exceptionnelle d’admirer des objets liés à l’Histoire du Maroc. Ces pièces  proviennent des quatre coins du monde et il serait très difficile et très coûteux de les réunir de nouveau dans la même exposition, avant quelques dizaines d’années.
Il y a environ 220 objets exposés à Rabat alors que Le Louvre à Paris en présentait 300. La période couverte par cette exposition est d’environ 600 ans et concerne les dynasties des Idrissides (789-985), des Almoravides (1049-1147), des Almohades (vers1116-1269) et des Mérinides (1269-1465).
Certains objets ont donné lieu à une présentation détaillée et un échange d’idées très fructueux.
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Lustre-cloche de la mosquée al-Qarawiyyine  733-737 H / 1333-1337
 

Lustre-cloche dans la mosquée al-Qarawiyyine

Alliage de cuivre. Poids : 10 quintaux
Les troupes du roi mérinide Abu Al Hassan ont rapporté à Fès ce butin de Jabal al-Fath (Gibraltar).  Cette cloche a ensuite été transformée en lustre, par un excellent travail d’orfèvre. Il a été nécessaire de construire une coupole spéciale pour supporter cette cloche dans la mosquée al-Qarawiyyine, compte tenu de son poids. Malgré tout, on dit que cette cloche qui sonnait les heures de prière chez les Chrétiens, éclaire maintenant les travées d’une mosquée de l’Islam, et que c’est un bon signe de rapprochement entre religions.

                                                      
·       Livre d’Ibn Battouta, « Voyages ». 

Quelques vers extraits du livre original «  Voyages »(Rihla) d’Ibn Battouta décorent bien le hall central du musée. Si Hajib Jerbi de notre groupe de Kénitra, a très bien expliqué la forme grammaticale de ces vers. On voit bien que c’est un voyageur et un géographe qui s’exprime ; il parle des mouvements apparents du soleil et de la lune,  les deux astres  qui indiquaient le lieu et l’orientation aux  caravanes qu’il suivait. Aujourd’hui, on dirait que le Maroc est le plus beau pays du monde, mais pas pour les mêmes raisons….
                                         

L’Occident (le Maghreb) est la plus  belle des terres
Et j’en ai la preuve :
La pleine lune s’y observe,
Et vers lui le soleil se rend

Ibn Battouta (1304-1377)
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 Astrolabe d’Abû Bakr Ibn Yûsuf 

Astrolabe d'Abû Bakr Ibn Yûsuf exposé au Louvre en octobre 2014
En laiton (alliage de cuivre et de zinc). Diamètre : 15,2 cm
Cet astrolabe est exposé habituellement au Musée Paul-Dupuy à Toulouse. Il a été fabriqué à Marrakech en 613H/ 1216-1217. Il est conçu pour fonctionner sous la latitude des villes de : Saragosse (41°30’), Tolède (40°), Cordoue (38°30’), Séville(37°30’), Almeria(36°30’), Sebta(35°30’), Fès
 ( 33°40’), Marrakech(31°), Al Qods(32°), Misr(29°55’), Médine (25°) et la Mecque(21°40’).
Tout le groupe a suivi un bref exposé à côté de la vitrine « scientifique », et de nombreuses questions ont été posées,  ce qui montre l’intérêt porté à cet astrolabe et à son fabricant. Voici résumées ces questions/ réponses :
Comment cet astrolabe est-il parvenu à Toulouse ? Probablement parce qu’il était prévu pour fonctionner à Saragosse assez proche,  en Espagne. Il a dû constituer un butin des armées françaises voisines.  
Planisphérique ? On savait que la terre est ronde et qu’elle est enveloppée par la sphère céleste sur laquelle sont incrustées les étoiles. On a trouvé plus pratique de travailler sur un plan que sur une sphère. Donc on a projeté sur un plan ce qui a sur la sphère. D’où planisphérique. Par exemple l’araignée est une représentation plane de la voûte céleste.
Nombre de tympans ?un tympan comporte des éléments liés à la latitude d’un lieu. On ne voit pas une étoile, mettons polaire, sous le même angle quand on est à Stockholm ou à Marrakech. Les tympans d’Abû Bakr sont utilisables sur  les deux faces, ce qui explique qu’il y a deux fois plus de villes que de tympans.
Pourquoi un heurtoir et un astrolabe dans la même vitrine ? Les heurtoirs des portes de mosquées, par exemple, sont gravés par des prières (Bismillah). Il y a donc un travail de gravure et aussi de calcul géométrique, de telle manière que heurtoir et astrolabe sont fabriqués dans les mêmes ateliers. 

                                                                            
Heurtoirs de portes de mosquées
                                                                                                                     
Pourquoi le nom des savants fabricants de ces astrolabes ne figure-t-il pas dans la vitrine ?
De nombreux articles ont été consacrés à cette question.  On peut dire qu’il ne s’agit pas d’un oubli, mais d’une volonté délibérée de cacher les noms de ces astronomes au public marocain. C’est une curieuse façon de traiter l’histoire du Maroc, en effaçant le nom de ses Hommes de science dans les musées marocains !!  Ces astronomes  sont Abû  Bakr Ibn Yûsuf (Marrakech)  pour l’astrolabe de droite et Abû al-Fattouh al Khamayri (Marrakech et Séville) pour l’astrolabe de gauche. On ne comprend pas que ces noms soient indiqués quand ces astrolabes sont exposés dans le monde entier et disparaissent quand ils sont exposés au Maroc, pays de ces astronomes ! Le musée du Louvre a désigné un commissaire pour cette exposition en la personne de Mme Yannick Lintz. Il serait intéressant de savoir comment le musée du Louvre a pu accepter cet "oubli", qui n'est pas un détail et qui a certainement une signification, dans une exposition qu'il a co-organisée.
    
Pourquoi cet astrolabe serait-il l’un des plus admirés au monde ?
Parce que sa photo fait la couverture de nombreux ouvrages sur l’astronomie comme ‘’Les instruments de l’astronomie ancienne’’ et ‘’L’Astrolabe, histoire, théorie et pratique’’. Dans ce dernier ouvrage, l’auteur Raymond d ’Hollander prend cet astrolabe comme modèle et l’étudie  pièce par pièce, car dit-il, il est particulièrement complet et précis. De plus, il est exposé dans les grands musées du monde.
La visite s’est poursuivie dans le premier étage pour le volet art moderne et contemporain.
On note quand même que les concepteurs de ce musée ont bien donné le nom de certains peintres marocains contemporains à des salles d’exposition : Salle Gharbaoui, salle Charkaoui,  ce dont il faut se féliciter, mais on est forcé de penser que nos astronomes marocains du 13ème siècle, illustres pourtant depuis des siècles à l’étranger, n’ont pas de chance dans le Maroc d’aujourd’hui. 
Le groupe en visite au musée Mohammed VI
  Abdelmalek Terkemani
Chercheur et expert international

Pour plus d'informations sur ces sujets, voir également les articles de ce blog:
  •  L'Exposition "Le Maroc médiéval: Un empire de l'Afrique à l'Espagne". Le patrimoine du Maroc effacé. 
  • Abû Bakr Ibn Yûsuf, astronome marocain du 13ème siècle.        
Pour la totalité de la visite, voir le blog: www.astrokech.blogspot.com

samedi 1 août 2015

MONTE CASSINO: HOMMAGE AUX SOLDATS MAROCAINS TOMBÉS DANS LA LUTTE CONTRE LE NAZISME



L'AUTRE HISTOIRE DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE


Les commémorations de la Seconde Guerre mondiale ont, toujours, comme sujet principal le Débarquement de Normandie du 6 juin 1944 (opération Overlord) . Cet évènement éclipse tous les autres faits de guerre qui ont été décisifs dans la chute du nazisme en Europe. C'est le cas du débarquement en Italie du sud des troupes alliées parmi lesquelles les Marocains qui vont défrayer les chroniques militaires en forçant le passage à Cassino, à travers les lignes de défense hitlériennes, mais au prix d'effroyables pertes en vies humaines, dans leurs rangs. Cette percée allait mettre en déroute les armées allemandes et ouvrir la route de Rome et de l'Europe du sud. C'est en hommage à ces hommes qui ont lutté pour la libération de la France et de l'Europe de l'emprise du nazisme que j'ai suivi leur trace jusqu'à Monte Cassino et au cimetière de Venafro, en plein cœur du sud de l'Italie. 


Cimetière des soldats marocains, algériens et tunisiens à Venafro(Italie)  Ph. Terkemani
En 2014 et pour le 70ème anniversaire de la Seconde  Guerre mondiale, il n’y en avait que pour le Débarquement de Normandie. Nous, au Maroc, nous allons attendre longtemps, sinon tout le temps, pour que l’on parle du sacrifice des Marocains, dans la Seconde Guerre mondiale, après le débarquement d’Italie qui s’est déroulé huit mois avant la Normandie. C’est à la suite de ce débarquement que les coups les plus rudes ont été  portés aux armées d’élite hitlériennes, mais au prix de milliers de morts et de blessés dans les rangs des Marocains, en particulier.    
CASSINO ! le nom de cette petite ville d’Italie sonne comme des coups de canon qui sèment la mort.  Ses cimetières où sont enterrés des dizaines de milliers de jeunes soldats venus des quatre coins du monde, ses vieilles automitrailleuses telles qu’elles se sont tues en 1944, ses batteries de canons rouillés de 70 ans d’âge autour desquels on a construit des places ou de petits jardins publics, pour ne pas oublier…
Les cimetières de guerre, c’est la spécialité de ce coin-là. Le cimetière polonais, l’American cemetery, les cimetières canadien, anglais et néo-zélandais et aussi le cimetière de guerre allemand (kriegfriedhof). Le plus imposant et le plus visible actuellement du Monte Cassino est celui où reposent les soldats polonais  enterrés sur le lieu même de la bataille finale de la  prise du Monte. Mais ce sont les légendaires soldats marocains, de Moulay Driss Zerhoun, de Taza et de l’Atlas qui, en 1944, allaient enfoncer les lignes hitlériennes jugées imprenables pendant des mois, et ouvrir la route de Rome et de l’Europe du sud.  Des moments historiques.
Le cimetière où reposent les soldats  musulmans, Marocains,  Algériens, Tunisiens avec les Français se trouve à Venafro, petite ville située à 20 kilomètres à l’est de Cassino. En effet durant la guerre, les Armées Alliées s’étaient installées à l’écart de Cassino. L’armée française ou plutôt le CEF, Corps Expéditionnaire Français s’était installé à Venafro.
                                                                
Comment en est-on arrivé à cette empoignade de Monte Cassino ?

 Tout commence comme le dit la chanson de Houcine Slaoui !  On n’entend plus que des OK,OK, come on, bye bye.  En novembre 1942, les Américains débarquent, dans le cadre de l'Opération Torch, à Safi, Casablanca et Mehdia (A Casablanca, ils s’installent au quartier Californie, d’où le nom). Les Alliés pour garder une chance de gagner la guerre devaient ouvrir un nouveau front en Afrique du Nord pour soulager le front de l’URSS. Seulement, comme les généraux restés fidèles au régime de Vichy, Alphonse Juin en particulier, s’opposaient à cette opération en Algérie et au Maroc, il y a eu quelques milliers de morts, principalement des civils marocains et des soldats français, à la suite des bombardements américains. Après avoir soustrait le Maroc et l'Algérie au régime de Vichy, les Alliés vont lancer la Campagne d’Italie. Le Corps expéditionnaire français, franco-maghrébin devrait-on dire, comporte alors 112.000 hommes dont 60% de Maghrébins, soit 67.000. Eh oui !, en ce temps-là, ce n’était pas des immigrés…
Après le débarquement de Sicile, de Calabre et la prise de Naples,  les armées Alliées, dont faisaient partie les Maghrébins pour combattre le nazisme, faut-il le rappeler, allaient se trouver nez à nez avec les armées allemandes, en octobre 1943. Le plan de bataille est aussi clair que sur une carte d’Etat-major. La botte italienne est coupée par la chaîne de montagne des Abbruzes sur laquelle vont s’appuyer les Allemands pour fixer la ligne de défense Gustav. Les vallées et les passages sur les côtes sont minés et interdits par les blokhaus et des barbelés. Il y a environ 300.000 hommes côté allié face à 100.000 allemands, mais ces derniers tenant les passages et les sommets qui les contrôlent. Le seul verrou dans le dispositif Gustav qu’il faut faire sauter est le Monte Cassino. Mais cela, on le savait des deux côtés et on s’y était  préparé.

La Bghel  Air Force  

Cassino est une petite ville qui se trouve à 90 kilomètres au nord de Naples sur la route de Rome. Elle se trouve au pied d’un Mont qui grimpe rapidement à 520 mètres. C’est ce mont qui a été lourdement fortifié et armé par les Allemands,  pour le contrôle du passage du Sud au Nord. Ce dispositif rappelle un peu l’action du film « Les canons de Navaronne », sauf qu’ici les quatre batailles pour la prise de ce Monte ont duré plus de six mois et coûté plus de 200.000 morts et blessés des deux côtés (trois fois plus que lors du Débarquement de Normandie…). 
Mouvements des armées alliées sur Rome
Les combats pour la prise du Monte Cassino vont durer de  janvier à mai 1944. Après des tentatives infructueuses  de prise du Monte par le côté sud, par les Américains, les Anglais, les Canadiens et les Indiens, ce sont finalement les soldats marocains qui vont réussir à percer la ligne Gustav par le contournement de Cassino et la prise de sommets voisins (Mont Majo, Monts Aurunci, Belvedere…). Les soldats marocains devaient gravir les pentes abruptes boueuses et enneigées, jugées infranchissables par les Allemands, avant de s’emparer des monts, exposés aux tirs de canons allemands. Le Commandant en chef des armées allemandes Albert Kesselring le reconnaît lui-même, dans ses mémoires : «  Les Français et surtout les Marocains ont combattu avec furie et exploité chaque succès en concentrant des forces sur des points qui faiblissent ».  Là où la British Air Force a été impuissante à déloger les Allemands, les Marocains l’ont fait à dos de mulet (bghel), ce qui a fait dire que les  courageux soldats marocains ont utilisé la « Bghel Air Force », opération qui a fini par encercler la ville de Cassino et faire tomber le Monte Cassino. Mais cela a été réalisé avec des pertes effroyables, en nombre de morts, de blessés et de disparus côté marocain. Rome est libérée début juin 1944 et déjà on ne parlait plus que du débarquement de Normandie qui a lieu le 6 juin 1944 et on en parle encore….
Après cet épisode, les troupes marocaines ou ce qu’il en reste sont déployées sur d’autres fronts, en Provence pour la libération de Marseille, traversée du Rhin, libération de Strasbourg, libération de certains camps de concentration… Tout un symbole.
Le film « Indigènes », coproduit par le Maroc, avec Roschdy Zem et Jamal Debbouze, sorti en 2006, rend compte de la participation des Maghrébins à cette guerre, en particulier à la terrible bataille du Belvedere. Et Belvedere, en italien, veut dire belle vue !! 
C'est à la suite de ce film que le président français Chirac avait intervenu pour que la France fasse un geste  en faveur des combattants de la Seconde Guerre mondiale, venus des anciennes colonies. Malheureusement, plus de 42 ans après les faits...                           

Monte Cassino aujourd’hui 

Aujourd’hui, l’autoroute Naples-Rome passe tranquillement au pied de ce Monte Cassino, plein d’Histoire et de cimetières de guerre. Vu d’en bas, on comprend bien qu’il était impossible de passer à 300.000 hommes sans être décimé par les mortiers allemands du Monte. La ville de Cassino avait été entièrement détruite, puis reconstruite. En haut du Monte, un monastère, repaire des Allemands, avait été réduit en ruines par l’aviation anglo-américaine. Le monastère reconstruit porte un nom qui intrigue de par son origine, Abbazia, cela vient-il d’Abbassia ?  
Quelques groupes de visiteurs portent des uniformes kaki avec casques et calottes, comme il y a 70 ans. Les jeeps sont les mêmes, décapotables et sans portières ni ceintures de sécurité. Certains visiteurs venus de très loin arborent, dignement, des médailles de guerre de leurs parents ou grands-parents qui ne sont plus là. Il n’y a malheureusement pas d’autres visiteurs marocains. Les panneaux en ville indiquent plus les lieux de combats et les cimetières que les noms de rue. Les cimetières sont tristes, en général, mais les cimetières de guerre le sont encore plus. Ce sont des tombes alignées de jeunes, tués le même jour. Comme ces soldats sont venus de loin, les visites de leurs proches sont très rares.


video
                                                              

Le cimetière français où sont enterrés les Français et les Maghrébins, Marocains en grande majorité, se trouve à Venafro. Il est très mal indiqué, si ce n’est par le petit minaret construit sur le carré musulman. Il se trouve au pied d'une colline ; le silence qui y règne est rompu, de temps à autre, par le tintement de cloches de vaches des prés voisins. Il y a actuellement en Italie deux cimetières de guerre, où sont enterrés les soldats maghrébins : un à Venafro et l’autre à Monte Mario à Rome. Les pertes se traduisent selon le tableau suivant :


       
Cimetières

Nombre total de tombes

Stèles musulmanes

VENAFRO

4.578

3.130

MONTE MARIO (ROME)

1.709

1.142
 

Il faut ajouter à ces pertes, plus  2.000 disparus et environ 23.500 blessés, Marocains en grande majorité.
Sur toutes les stèles, françaises et musulmanes est inscrite la phrase « MORT POUR LA FRANCE ». A l’entrée du cimetière, est inscrite la phrase : PASSANT, SONGE QUE TA LIBERTÉ A ÉTÉ PAYÉE DE LEUR SANG.
Le passant en question est certainement européen et c’est peut-être le lieu de dire que les Européens devraient connaître ou se remémorer ces inscriptions. Il y a, en effet, une espèce d’amnésie générale en Europe, quand on voit monter en puissance et un peu partout, les mêmes idées xénophobes qui avaient conduit, précisément, au conflit dont on parle.  Depuis quelques années maintenant, dans toutes les élections qu’elles soient municipales, régionales, présidentielles ou justement européennes, le sujet qui vient en premier lieu, et toujours le même, c’est celui des Étrangers. S’agissant de ces derniers,  Il faut le dire les débats se déroulent de plus en plus sans beaucoup de sagesse et le plus souvent avec beaucoup d’amalgame et même de vulgarité. Quelques photos de ces tombes de jeunes Français et Maghrébins enterrés côte à côte « MORTS POUR L’EUROPE » aussi, devraient être collées dans les salles de réunion, quand  on débat des Étrangers en Europe ! 
                                            
Conséquences de Cassino au Maroc    

La participation des Marocains à la victoire de Cassino a renforcé la position du Mouvement national marocain et du Roi Mohammed V dans la quête de l’Indépendance du Maroc. Par la suite, Mohammed V a été décoré par Charles de Gaulle en tant que Compagnon de la libération. Il sera l’invité d’honneur pour le premier  défilé de la France Combattante sur les Champs- Élysées le 18 juin 1945, défilé auquel ont participé nos vaillants soldats et Goumiers de Cassino.
Ce tournant de l’Histoire est tout à fait pour déplaire à des généraux vichystes, à qui Cassino est monté à la tête. Alphonse Juin qui a eu son bâton de Maréchal, grâce au courage et à la vaillance des soldats marocains, disait avec arrogance, vouloir utiliser « la manière forte » à l’égard du Mouvement national marocain (Exactions, prison et exil des militants). Devenu Résident général au Maroc, son action funeste pour diviser les Marocains allait aboutir à l’exil du Roi Mohammed V en Corse et à Madagascar, en 1953.
Enfin, on ne peut parler de ce sujet sans rappeler le traitement inéquitable subi par nos vaillants soldats Marocains survivants comparativement à leurs frères d’armes Européens. Nombreux parmi eux sont morts dans la détresse et l’anonymat, d’autres parmi les survivants, estropiés ou handicapés,  ont traîné leur misère, pendant des décennies devant les consulats de France pour un traitement plus juste et plus digne de leurs doléances.  

Abdelmalek TERKEMANI
Chercheur et expert international

- Article paru dans L'Opinion du 7-8 juin 2014


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